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L’effet pervers de la volonté de sécuriser les cyclistes

mercredi 14 mars 2018, par Axelos

Il s’agit d’un article rédigé initialement sur le site web de la fédération CarFree France. Il reprend les constats réalisés sur ces deux précédents articles (Ce qu’il ne faut pas faire et Priorités de la piste cyclable D570) , et démontre l’absurdité de cette pratique.

Carrefour en T

En tant que cycliste urbain régulier, on se retrouve souvent dans des cas divers plus ou moins dangereux, où la finalité de la situation se termine bien trop souvent par un « mais les cyclistes ça ne respecte rien ! ». Une conclusion amère et désagréable, surtout lorsque notre palpitant vient d’atteindre un niveau exponentiel.
Mais, pourquoi toujours cette confrontation entre divers usagers qui ne se comprennent pas ? Pourquoi cette incompréhension ? L’une des réponses est simple et se définit en une phrase courte : « mais les aménageurs ça ne respecte rien ! ».

Plus précisément deux situations se présentent, l’obligation et la préservation :

La première situation, l’obligation, est simplement le fait que l’aménageur est dans l’obligation de créer un aménagement cyclable. Les vélos sont bien souvent considérés comme des indésirables, mais les lois qui existent depuis 10 ans doivent être appliquées, alors c’est fait… sans porter d’importance à la qualité de ce qui est fait.
D’où cette omniprésence d’aménagements qui sont en théorie pratiques et sécurisés, mais dans la pratique laborieux et dangereux.

La seconde situation, la préservation, celle qui nous intéresse pour cet article, est de réaliser des aménagements cyclables, mais en ignorant quelques obligations légales et conseils d’aménagement.
Ceci partant souvent d’une bonne volonté d’assurer la sécurité du cycliste, ces aménageurs ne prennent pas en compte l’une des grandes prouesses du cerveau humain, la mémoire, ce qui entraîne une perversion de cette volonté : le cycliste est à terme davantage en danger.

Pour démontrer cette théorie, un exemple est présenté en se basant sur la priorité des cyclistes dans les carrefours, lorsqu’ils circulent sur les pistes et bandes cyclables.
Quelques notions techniques pour bien comprendre l’exemple, il sera exclusivement traité de situations de croisement avec bandes et pistes cyclables :

  • La voie verte étant une route indépendante, ses règles de priorités diffèrent.
  • Tout autre chemin partagé n’est pas une route et ne peut prétendre à aucune priorité.

Une piste cyclable est une voie (ou plusieurs voies) de circulation, qui fait partie intégrante de la chaussée principale qu’elle longe ; il s’agit donc de la même route, et les règles de priorité ne peuvent différer : si les voies pour automobiles sont prioritaires, alors la piste cyclable aussi, l’inverse est aussi vrai. (Texte de loi)
Les bandes cyclable se trouvent exactement dans la même situation, mais la logique est moins difficile à appréhender puisqu’il n’y a pas de séparation physique entre les voies.

Dans la pratique, cette notion d’équité des priorités est bien souvent bafouée. Comme précédemment expliqué, cette situation provient bien souvent d’un bon sentiment de vouloir sécuriser le cycliste. Alors qu’il est prioritaire, on lui impose un panneau de signalisation « STOP ». Son but est de simplement éviter que le cycliste surgisse sur la chaussée principale et se fasse happer violemment par un automobiliste surpris.

Alors que l’automobiliste se trouve dans une situation où, d’après le code de la route, il doit céder le passage au cycliste, la présence du panneau stop soulève une contradiction : Il impose un arrêt, mais également l’obligation de céder le passage de chaque côté, la signalisation verticale posée par l’aménageur est donc paradoxale par rapport à ce qu’a appris l’automobiliste à l’auto-école. (Texte de loi)
Certains automobilistes vont tout de même s’arrêter, car ils sont de bons élèves, ou par sympathie. En revanche d’autres vont couper la priorité – théorique – du cycliste, mais peut-on leur en vouloir ?

Après tout, le code de la route étant un grand réservoir de règles plus ou moins fondamentales, l’automobiliste peut-il vraiment être capable de se souvenir par cœur d’une règle qu’il a survolé rapidement jadis ? Et puis, après tout, les règles évoluant avec le temps, il est permis en toute logique de penser que cette règle a elle aussi évolué.
Cette priorité – pratique –, qu’il rencontre régulièrement pour effectuer les quelques kilomètres qui séparent sa résidence de son lieu de travail, n’est pas une lointaine règle apprise il y a fort longtemps, non, celle-là il la côtoie tous les jours et l’enregistre inexorablement dans l’organe qui se situe au fond de son crane, la mémoire joue son rôle.

Il est question ici de pouvoir remettre toute la logique des règles de priorité en jeu : théoriquement c’est celui qui change de direction qui doit céder le passage, or avec cette signalisation verticale contradictoire, c’est celui qui change de direction qui devient prioritaire, vous saisissez la perversion ?
Qu’en est-il le jour, où ce même automobiliste va se retrouver dans un cas similaire, mais cette fois, ne croisant pas une piste cyclable, mais une bande cyclable ? En toute logique, sa perversion mémorielle va lui donner l’idée qu’il est prioritaire sur le cycliste, et lui coupera la priorité… libre à vous d’imaginer la suite.

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